Les Poètes des Pauvres en Angleterre: L'École philosophique et l'école radicale Nouveau livre de sortie
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Par Louis Étienne
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Diotime, prêtresse de l’Amour, que Socrate aimait à entendre, lui racontait qu’un jour, comme les dieux célébraient la naissance d’Aphrodite, sortie de l’écume des eaux, la Pauvreté, attirée par le bruit du festin et l’espoir d’en tirer quelque profit, vit le dieu Poros, le dieu du gain, s’égarer dans les jardins de Jupiter, et, appesanti par les fumées du nectar, s’endormir à l’écart sous quelque bosquet. La Pauvreté, peu réservée de sa nature, mieux servie d’ailleurs par le nectar dont Poros avait fait excès que par sa propre beauté, captiva sans doute le dieu capricieux. Elle charma celui qui devait le moins s’éprendre d’elle, elle s’attacha par un lien puissant ce riche époux qu’elle avait gagné par surprise : le dieu Poros lui fit l’aumône d’un bel enfant. Cet enfant du plus riche des pères et de la plus pauvre des mères, ambitieux et prodigue comme l’un, misérable et affamé comme l’autre, s’appela l’Amour.
Tel est le conte où s’est amusée la riante imagination de Platon. S’il vivait de nos jours, Platon pourrait raconter aussi les secrètes amours de la Pauvreté et du dieu des vers. Comme le dieu Poros, Apollon n’aimait autrefois que la richesse et le faste ; avec Pindare, il chantait la gloire de ceux qui possédaient les plus beaux coursiers ; avec Horace, il célébrait Auguste ; avec Racine et Molière, il se mêlait aux fêtes de Louis XIV. Sans doute il prenait goût quelquefois à la nature champêtre et à la vie pastorale ; mais, dans cette fantaisie même, il cherchait la peinture de l’aisance et du bonheur. Pour qu’il se plût dans les chaumières, il leur fallait un air de prospérité vraie ou factice. Les choses ont bien changé. L’ambitieuse et entreprenante Pauvreté a gagné le dieu des vers ; ce n’est point par surprise, et les fumées du nectar n’y sont pour rien : le dieu de la poésie moderne aime les réalités, il ne dédaigne pas plus les haillons que les vêtemens de soie et d’or.
C’est surtout en Angleterre qu’il y a une poésie des pauvres. La France aime trop l’idéal en littérature pour que le réel lui plaise dans sa nudité ; nous ne lisons guère des vers que pour fuir la vie humaine telle qu’elle est, et il faut, pour qu’elle nous sourie, qu’elle s’arrange comme nous voudrions qu’elle fût. Nous laissons la vérité positive à la prose, et la question d’art demeure toujours la première à nos yeux. Chez nos voisins, la poésie même veut être positive ; elle est d’autant plus nationale qu’elle approche davantage des réalités. Plus elle est populaire, plus elle se nourrit de faits et d’observations exactes. Il semble que ce soit là en effet le caractère de la poésie d’un peuple marchand et industriel ; il faut en quelque sorte qu’elle ait aussi une base matérielle de son crédit, qu’elle ait son capital de faits et d’expérience. La poésie des pauvres est ce qu’il y a de plus réel, de plus tristement réel, dans le domaine de la littérature anglaise. Elle n’a pas seulement une valeur littéraire, elle en a une politique et sociale ; elle est une force dont on peut calculer la portée. Elle a pesé dans la balance des intérêts généraux du pays, et a laissé sa trace dans l’histoire contemporaine de l’Angleterre...
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Diotime, prêtresse de l’Amour, que Socrate aimait à entendre, lui racontait qu’un jour, comme les dieux célébraient la naissance d’Aphrodite, sortie de l’écume des eaux, la Pauvreté, attirée par le bruit du festin et l’espoir d’en tirer quelque profit, vit le dieu Poros, le dieu du gain, s’égarer dans les jardins de Jupiter, et, appesanti par les fumées du nectar, s’endormir à l’écart sous quelque bosquet. La Pauvreté, peu réservée de sa nature, mieux servie d’ailleurs par le nectar dont Poros avait fait excès que par sa propre beauté, captiva sans doute le dieu capricieux. Elle charma celui qui devait le moins s’éprendre d’elle, elle s’attacha par un lien puissant ce riche époux qu’elle avait gagné par surprise : le dieu Poros lui fit l’aumône d’un bel enfant. Cet enfant du plus riche des pères et de la plus pauvre des mères, ambitieux et prodigue comme l’un, misérable et affamé comme l’autre, s’appela l’Amour.
Tel est le conte où s’est amusée la riante imagination de Platon. S’il vivait de nos jours, Platon pourrait raconter aussi les secrètes amours de la Pauvreté et du dieu des vers. Comme le dieu Poros, Apollon n’aimait autrefois que la richesse et le faste ; avec Pindare, il chantait la gloire de ceux qui possédaient les plus beaux coursiers ; avec Horace, il célébrait Auguste ; avec Racine et Molière, il se mêlait aux fêtes de Louis XIV. Sans doute il prenait goût quelquefois à la nature champêtre et à la vie pastorale ; mais, dans cette fantaisie même, il cherchait la peinture de l’aisance et du bonheur. Pour qu’il se plût dans les chaumières, il leur fallait un air de prospérité vraie ou factice. Les choses ont bien changé. L’ambitieuse et entreprenante Pauvreté a gagné le dieu des vers ; ce n’est point par surprise, et les fumées du nectar n’y sont pour rien : le dieu de la poésie moderne aime les réalités, il ne dédaigne pas plus les haillons que les vêtemens de soie et d’or.
C’est surtout en Angleterre qu’il y a une poésie des pauvres. La France aime trop l’idéal en littérature pour que le réel lui plaise dans sa nudité ; nous ne lisons guère des vers que pour fuir la vie humaine telle qu’elle est, et il faut, pour qu’elle nous sourie, qu’elle s’arrange comme nous voudrions qu’elle fût. Nous laissons la vérité positive à la prose, et la question d’art demeure toujours la première à nos yeux. Chez nos voisins, la poésie même veut être positive ; elle est d’autant plus nationale qu’elle approche davantage des réalités. Plus elle est populaire, plus elle se nourrit de faits et d’observations exactes. Il semble que ce soit là en effet le caractère de la poésie d’un peuple marchand et industriel ; il faut en quelque sorte qu’elle ait aussi une base matérielle de son crédit, qu’elle ait son capital de faits et d’expérience. La poésie des pauvres est ce qu’il y a de plus réel, de plus tristement réel, dans le domaine de la littérature anglaise. Elle n’a pas seulement une valeur littéraire, elle en a une politique et sociale ; elle est une force dont on peut calculer la portée. Elle a pesé dans la balance des intérêts généraux du pays, et a laissé sa trace dans l’histoire contemporaine de l’Angleterre...
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